Tas Baitieri : « Il faut pêcher le poisson là où il se trouve »

L’ancien pilier de Canterbury Bankstown, Paris-Châtillon et Saint-Gaudens, responsable du développement au sein de la Rugby League International Federation, est quotidiennement au contact des Bleus, sur cette Coupe du monde. Petit tour de l’actualité en compagnie de ce grand ami de la France.

Qu’avez-vous pensé de la prestation des Kangourous, voici huit jours lors du Pacific Tri-Series de Suva, aux îles Fidji, où vous étiez présent ?

« Les scores ont été serrés (ndlr : victoires de l’Australie 20-4 sur la Papouasie Nouvelle-Guinée, et 18-0 contre les Fidji, la Papouasie a battu les Fidji 10-0), dans ces trois duels de 40 minutes chacun, et Mal Meninga a trouvé intéressant ce nouveau concept. A chaque fois, le bras de fer a été impressionnant, alors que les Kangourous l’auraient probablement emporté plus nettement si les rencontres avaient duré 80 minutes. Pour autant, j’ai noté des points sujets à amélioration. La présentation des équipes s’est étalée sur vingt minutes, ce qui est trop long, les joueurs ayant été contraints de s’échauffer à deux reprises. Mais pour une première, c’était globalement une réussite, avec 8 000 spectateurs au stade, et Fidji TV avait vendu les droits de retransmission à 24 autres pays. L’audience a été bonne, avec en tout trois heures de spectacle, des Fidjiens qui auraient pu davantage contester la supériorité des Australiens s’ils n’avaient pas manqué de peu plusieurs occasions d’essais, et les Papous étaient chauds comme la braise. Pourquoi ne pas tenter de  faire la même chose en France, par exemple ? »

Une sélection des Fidji peut-elle espérer disputer la NSW Cup, comme les NZ Warriors et plus récemment Papouasie Nouvelle Guinée Hunters participent à la Queensland Cup ?

« La Fédération de Nouvelle Galles du Sud est ouverte à la discussion. Si le soutien financier de l’Etat fidjien est assuré, cela arrivera probablement dans deux ans ».

Dans quels pays émergents se développe le plus rapidement le rugby à XIII ?

« La Thaïlande, qui a un gros appétit en ce sens, dans une région au nord de Bangkok, située à une heure de route de la capitale du pays. Il existe une opportunité pour la rugby league, avec actuellement, sur place, des agents australiens de développement, car le XV, qui était encore présent il y a peu, n’a pas assuré l’indispensable suivi. D’une manière générale, d’ailleurs, les nations de cette zone géographique montrent de l’intérêt pour notre sport. Le Laos n’en est qu’au début de la pratique, et en tout dix pays, dont la Chine, le Cambodge, le Vietnam, font partie de l’Asian Group, membre associé de la Fédération Internationale ».

On a cependant des difficultés à croire que le XIII est taillé pour les Asiatiques…

« Certes, mais il faut pêcher là où se trouve le poisson. Pour le moment, nous restons discrets au plan de la communication, à la RLIF, voulant éviter les effets d’annonce, et préférant voir comment évoluera la situation. Mais la demande est forte. Voici quelque temps, avant un match ayant opposé, en Australie, les sélections de l’Asia Group et d’Amérique du Sud, nous avons reçu plus de cent demandes de joueurs australiens originaires de ces deux régions du monde, qui souhaitaient représenter le continent de leurs ancêtres. Beaucoup pensent que les Asiatiques éprouveraient des difficultés à s’adapter au XIII, en raison de leur petite taille. Mais avec une population aussi nombreuse, il suffit qu’un joueur sur cent, voire sur mille, réussisse, pour que le projet d’expansion rencontre le succès souhaité. Je reste personnellement persuadé que d’ici dix ans, nous compterons en Asie plus de licenciés qu’en Europe ».

Pourquoi la NRL a-t-elle accusé cette année une légère baisse dans les entrées au stade ?

« Il existe diverses raisons. Par exemple, s’il y a six millions d’habitants à Sydney et aux alentours, le réseau routier est obsolète, les moyens de communication laissent à désirer, et il est difficile de convaincre les gens de se déplacer. Offrir aux supporters le transport en commun avec l’achat d’un ticket de match, peut être une solution, comme cela existe déjà, mais uniquement pour la Grand Final ».

La situation est heureusement meilleure au niveau des audiences TV…

« En effet, elles ne cessent d’augmenter, d’une année sur l’autre, car le rugby à XIII reste un formidable produit télévisuel, et compte tenu des problèmes de circulation évoqués plus haut, les gens préfèrent souvent rester devant leur poste TV ».

Une franchise comme Toronto Wolfpack est-elle viable, sur la durée ?

« C’est la grande interrogation. Il est difficile de comprendre pourquoi le milliardaire australien Eric Perez a investi autant d’argent, pour le moment à perte, dans ce projet d’accession à la Super League. Car pour espérer exister à long terme, même avec 8 000 spectateurs au stade, il faudrait parallèllement créer une école de rugby. Or, aujourd’hui, les fondations de ce club sont artificielles, et on peut dresser le même constat à propos des projets similaires en gestation à New York, ou ailleurs en Amérique du nord. Par ailleurs, avant de se prononcer, il convient de voir de quelle façon va se comporter Toronto dans le Championship en 2018, malgré un recrutement de grande qualité. La candidature de Toulouse, par exemple, me semble plus sérieuse ».

La formule actuelle de la Super League est-elle satisfaisante ?

« Deux problèmes retiennent mon attention. Dans la deuxième phase réunissant les huit premiers, le Super 8s, les clubs trop en retard de points, au soir de la phase de classement, jouent ensuite pour rien. Ensuite, trop de matchs sont disputés à la période de Pâques. Les footballeurs peuvent jouer sans souci deux rencontres en trois jour, pas nous, avec les collisions que l’on constate dans le jeu. D’ailleurs, les Australiens évoluant en Super League en parlent tous de manière négative, lorsqu’ils rentrent au pays. C’est trop dur, physiquement et mentalement, il suffit de voir la casse que cela provoque ».

Quel souvenir gardez-vous de votre passage comme entraîneur du XIII de France, au milieu des années 80 ?

« Ce fut un moment important de ma vie, et deux matchs m’ont profondément marqué. Celui perdu 22-10 contre la Nouvelle-Zélande, en 1985 à Narbonne. A Chaque fois que je rencontre Jean-Jacques Cologni, il me parle de cette partie. « Ce fut la plus dure de notre tournée en Europe », avait déclaré à l’époque le coach des Kiwis, Graham Lowe. Et celui perdu 20-10 contre l’Angleterre, à Domec, en février 1987, avec Marc Palanques comme capitaine. L’équipe était particulièrement soudée, ce jour-là, et elle avait fait le maximum. Marc était d’ailleurs le joueur phare de cette période, avec Gilles Dumas ».

Avec l’ancien deuxième ligne des Kangourous de la fin des années 70, Bruce « Goldie » Walker, qui travaille à ses côtés, à Narrabeen
Tas et Jason Baitieri avec la photo du XIII de France 1955 en tournée en Australie
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4 Commentaires

  1. Cher Tas, Merci pour tout ce que tu fais pour le rugby à 13 dans le monde et merci pour ce que tu as fait en France. Amical souvenir d’un ancien joueur de Châtillon 13 dont tu as été le capitaine-entraineur.

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