| Yves Gibert et le Rugby à XIII se sont rencontrés, il y a une cinquantaine d'années, à la fin des années soixante. L'équipe de France, tout le mouvement treiziste et la grande AS. Carcassonne voguaient sur le toit du monde où, autour de vieux briscards - Puig-Aubert, La famille Taillefer, Gijou Benausse- venaient d'éclore de jeunes pousses pleines d'enthousiasme et de talent: Jean et Bernard Guillem, Les frères Delpoux, Cavailles. Yves avait leur âge, et il jouait au rugby à treize depuis plusieurs années avec autant de passion que les meilleurs de la classe. Cette passion qui lui faisait admirer, comme tous les gosses de l'époque ces mythes du rugby français et rêver de leurs percées monumentales de passes croisées et de cadrages-débordements. Ainsi naquit l'amitié entre le rugby à XIII et Yves. Yves, le rugbyman au sens plein du terme, a vécu sa carrière de rugbyman dans la rigueur professionnelle... Pas celle que découvre aujourd'hui nos joueurs actuels mais plutôt dans l'art de concilier passion et vie professionnelle au quotidien. Son entraînement journalier justement n'était pas fait de longues courses dans les vignes du Cabardes, ni dans les appareils de torture des salles de musculation, mais il se soumettait avec rigueur et assiduité à une discipline de vie qui assurait paix et tranquillité à sa chère famille. Une discipline de vie qui nous fait aujourd'hui ne pas comprendre, cette intrusion de cette satané maladie, dans ce corps d'athlète ... Mais Yves, c'était, c'est un homme déchiré. Déchiré à la fin de sa carrière sportive et au début de son apostolat de bénévole au sens noble du terme par l'ambition qu'il voulait donner à son rugby préféré. Déchiré aussi par l'injustice à son égard de personnes qui ne voulaient pas comprendre ses désirs de créativité et de modernisation de son sport chéri. Quand on a vu Yves les larmes aux yeux, il y a encore peu de temps à la finale à Narbonne, devant un stade plein jusqu'à la gueule, on comprend que cette blessure saignait encore. Car Yves, à soixante ans, était resté, reste, toujours cet homme spontané, impulsif et doté d'une capacité d'émerveillement devant les beautés de son jeu. Cet homme capable de s'émerveiller devant les rebondissements de son sport mais qui avait toujours du mal à supporter les injustices du monde, la dureté de la vie, la méchanceté des comportements... Yves, enfin était un fidèle... Fidèle à son clan familial : sa femme Sylvie, sa poutre maîtresse, ses filles Ludivine, Caroline et Aurélie. Fidèle à ses petits enfants, Charlotte, Eloïse, Agathe, Laura et Clément... Fidèle à la mémoire de ceux qu'il a aimés: ses parents et belle famille. Fidèle en amitié, à ses présidents qu'il a servi: Gilbert Dautant , Jean Paul Ferre et Nicolas Larrat, ces personnalités aussi diverses et riches . Aujourd'hui avec le départ de Yves, un rêve va hanter nos nuits ... Nous sommes tous avec Yves, dans ce vestiaire que nous aimions tant, où notre amour pour notre sport s'exprimait. Nous sommes prêts, l'heure du match va sonner mais nous ne pouvons trouver la porte pour sortir à la lumière du terrain et entendre les clameurs des copains. Rêve cruel, comme la vie peut l'être. Heureusement, si nous n'avons pas toujours trouvé la porte du destin de notre jeu, avec Yves, nous avons connu le bonheur que nous avons eu par la grâce du rugby à XIII... Nous ne pouvons que l'accompagner et lui dire merci pour tout ce qu'il nous a donné. Hervé. |