Pala est ici et partout
A 22 ans, Mathias Pala est plus que jamais sur la pente ascendante. 18è le 15 octobre à Leigh contre England Knights, il a ensuite convaincu, au centre, face à l'Angleterre, et il s'apprête désormais à confirmer devant l'Ecosse, samedi (15h10) à Perpignan. Où comme à Avignon il jouera à domicile.
Fruit de la belle école de rugby du RC Carpentras, il a fait ses premières armes aux côtés de Vincent Comtat, aujourd'hui à Pia, Guillaume Bonnet (Avignon) et autre Alexis Rodriguez (Cavaillon), avant de rallier les rangs de Limoux, en juniors, puis de passer trois mois en Australie, sous la bannière des Balmain Tigers, son talent arrivant jusqu'aux oreilles des Dragons Catalans. Et une saison entière à s'entraîner sous la conduite de Trent Robinson n'a fait qu'amplifier le potentiel de ce joueur complet, vigilant en défense et avisé en attaque, fer de lance de la ligne de trois-quarts de Saint-Estève - XIII Catalan depuis déjà deux ans.
Mathias dit en tout cas avoir beaucoup appris de la part de Bruno Vergès, en 2009-2010 : "Son passé de joueur de Super League rehaussait la valeur des conseils qu'il me prodiguait."
Et le Provençal a encore plus bonifié son jeu, la saison passée, sous l'aile de Steve Deakin : "Il possède un gros bagage technique et n'a rien à envier aux entraîneurs que j'ai fréquenté lors de mon séjour en Australie. Il connait tout du jeu, a la réponse à toutes nos questions concernant notre comportement sur le terrain, et a instauré de la rigueur dans un groupe très jeune."
Pour autant, le nouveau centre du XIII de France sait ce qu'il doit aux trois techniciens sous la conduite desquels il s'est façonné, avant son arrivée à Perpignan : "Didier Comtat, le père de Vincent, est le seul éducateur que j'ai connu, à Carpentras, car il changeait de catégorie en même temps que nous. Il avait un côté paternaliste. Patrick Limongi, mon entraîneur en juniors, m'a fait découvrir les aspects techniques et tactiques du jeu, et était proche de ses joueurs. Jean-Luc Delarose, enfin, qui m'a guidé lors des sept rencontres que j'ai disputé en Elite, alors que j'étais encore junior, était un meneur d'hommes, et j'appréciais beaucoup sa franchise."
"Chase est tellement imprévisible"
Bien qu'auteur en 2011 de deux matchs de Super League, Mathias ne faisait pas partie, cet automne, de la liste initiale des 30 Bleus, mais la présence de Bobbie Goulding et d'Aurélien Cologni lors de la venue de Lézignan à Saint-Estève, le 16 octobre, a forcément joué en sa faveur, tant il a rayonné, ce jour-là, preuve qu'il faut savoir être bon partout. Cette petite forme d'injustice réparée, il n'a pas manqué de donner ensuite raison au staff tricolore, en disputant un match plein, à Avignon, derrière "un pack à la hauteur" ayant "facilité la tâche des trois-quarts", émettant juste une once de regret : "Ce n'est qu'en fin de match que nous avons compris qu'on était capables de se hisser au niveau de nos adversaires, et si nous avons moins joué sur la largeur, en première mi-temps, c'est que nous avons moins osé." Peut-être que les Français n'avaient pas suffisamment potassé Le Discours de la Méthode, de Descartes : "Il suffit de bien juger pour bien faire."
Mais, à leur décharge, il faut admettre qu'il y avait de quoi être impressionné : "Rangi Chase nous a donné du fil à retordre, il est tellement imprévisible qu'il est difficile de bien défendre face à lui, alors que les avants étaient également difficiles à contrôler, en particulier Jon Wilkin, redoutable en raison de la qualité de ses appuis."
Une défense que les Bleus devront s'employer à améliorer, pour espérer, à l'avenir, rivaliser davantage encore avec les grandes nations : "Heureusement, le système en équipe de France est similaire à celui en place chez les Dragons, le tout consistant à gagner le plus de terrain possible, et à savoir comment bien se positionner entre le bloc du milieu et les extérieurs."
Mais si Mathias a rendu une copie propre, dans ce secteur, c'est aussi parce que l'importance de l'évènement s'y prêtait, et qu'il ne risquait pas la crise de foi : "La motivation était toute trouvée, face à un rival de ce calibre, et cela aide à s'arracher pour faire un plaquage."
Suffisance interdite
Sur le front offensif, il a pareillement grandi, ce qu'il met sur le compte "d'une saison entière à s'entraîner avec les Dragons, où le travail proposé par notre préparateur physique Keegan Smith est basé sur la vitesse et l'explosivité."
A ses yeux, la différence entre les Anglais et les Français, à Avignon, s'est essentiellement située au niveau de l'expérience des grands rendez-vous : "Eux ne traversent pas, comme nous, un passage à vide, dans un tel match."
Celui de samedi devrait être moins compliqué, mais Mathias devine le piège, pour mieux l'éviter : "Il s'agira de ne pas tomber dans la facilité. A priori, les Ecossais commettront plus de fautes que les Anglais, mais on se doute qu'ils feront preuve de beaucoup d'agressivité, aussi ne les prendrons-nous pas à la légère." Complexe de supériorité interdit, donc, en se souvenant de la maxime du Vicomte De Bonald, dans ses "Pensées" : "La suffisance n'exclut pas le talent, mais elle le compromet."
Car il y a désormais un Tournoi européen à remporter, pour lequel la France est favorite, les joueurs de Super League n'étant pas légion, tant chez les Ecossais que chez les Irlandais. Raison de plus pour assumer pleinement ce statut, avec l'aide, Mathias y tient, d'un public qu'on attend, samedi, aussi enthousiaste que l'a été précédemment celui d'Avignon.
Avec tant de Dragons en blanc (un maillot que les tricolores étrenneront, pour l'occasion), le contraire serait perçu comme une trahison…

















