Finale du championnat de France 1970 St Gaudens – XIII Catalan 32-10, à Toulouse

(D’un de nos envoyés spéciaux André PASSAMAR)

TOULOUSE – La finale de la Coupe avait été étourdissante. Celle du championnat le fut davantage encore. A la vision d’un spectacle aussi réussi, aussi dense, aussi intense sur le plan de l’engagement et du rythme, on peut sans crainte user du superlatif. On peut aussi dire sa joie sans atermoyer. Le public record qui garnissait les enceintes du stadium municipal ne s’y est d’ailleurs pas trompé, qui cria son bonheur ) en perdre haleine et engloba dans un même éloge et la magnifique équipe saint-gaudinoise et le champion malheureux, déchu de son titre après une joute formidable.

Le XIII Catalan a, en définitive, été dévoré par un rival irrésistible d’allant et de classe. On n’oubliera pas, cependant, de signaler qu’il eut souvent voix au chapitre et qu’avant de céder sous le flot dévastateur des offensives commingeoises, il tint également sa participation avec un brio consommé.

D’abord la flamme catalane…

La première mi-temps donna lieu, en effet, à un rugby somptueux, un véritable rugby de rêve dans lequel les Perpignanais s’assurèrent une part prépondérante grâce à une vitesse d’exécution particulièrement remarquable et au talent de Capdouze, Mantoulan et Michan, toujours à l’affût de la bonne balle à exploiter.

Durant cet laps de temps, Saint-Gaudens parut sans conteste souffrir de la comparaison avec son entreprenant adversaire, et ce fut même miracle si la formation de « Jep » Lacoste ne concéda qu’un essai. Un œil quelque peu exercé ne manquait toutefois pas d’observer qu’il y avait plus de clinquant que de véritable efficacité dans la méthode qu’employaient les « sang et or » pour aboutir.

Le ballon courait vite et bien, mais les avants catalans échouaient régulièrement sur une défense solide et percutante, une défense qui les retournait impitoyablement. La puissance de perforation n’était pas au rendez-vous du style perpignanais. Elle s’était en revanche réfugiée au sein du pak pyrénéen à la santé de fer qui sans discontinuer remettait l’ouvrage sur le métier, imposait l’épreuve d’usure, sûr qu’il était d’en recueillir inéluctablement les fruits.

… puis le rouleau compresseur commingeois

Aussi lorsque le rouleau compresseur commingeois entra en action, le pauvre XIII Catalan se montra-t-il impuissant à lui résister. Sous l’impulsion d’un René Zaccariotto, impérial de clairvoyance et d’un Roger Biffi qui a rejoint en réputation hier les plus illustres avants treizistes, tels que Brousse ou Ponsinet, le pack saint-gaudinois fit éclater de toutes parts celui du Roussillon, créant ainsi les conditions idéales d’une prodigieuse exhibition collective dans laquelle Molinier et surtout le petit et rapide Marsolan, éblouissant dans le secteur des accélérations, allaient assumer un rôle prépondérant.

Saint-Gaudens se détacha avant le repos. Après celui-ci, il ne laissa plus au XIII Catalan que les miettes d’un succulent festin. Toujours plus vastes, toujours plus pénétrantes, toujours plus élégantes, les attaques de Marracq et de ses partenaires s’enchaînèrent à une cadence folle. Balayé, écrasé, Perpignan en dépit de quelques fugaces réactions fut bientôt dans l’incapacité de canaliser le raz de marée qui enflait avec une indomptable fureur. Ce fut dans ses rangs la débandade, puis la déroute…

On a donc, depuis dimanche, un grand champion de France. On ne saurait lui ménager les louanges. Chacun, à Saint-Gaudens, a accompli sa tâche à la perfection. Marracq, superbe pilier de devoir, Zaccariotto, Molinier, Marsolan, Arrateig, ont joué un match exemplaire. Quant à Roger Biffi, auteur d’un essai personnel de 80 mètres, il a illuminé le match de son tempérament et de ses dons exceptionnels.

Saint-Gaudens, qui s’est payé le luxe de conduire à son terme un mouvement amorcé depuis sa ligne de but, et Roger Biffi ont fourni à l’amateur de rugby son compte d’émotions. Avec cette incomparable machine, on en redemandera…