A Pia, on conjugue parfois le rugby à trois, du grand-père au petit-fils. C’est vrai pour les Ambert, Daniel (président), Marc (joueur puis président), Thomas, comme pour les Fages, Christian (joueur puis entraîneur), Pascal, Théo.

Grand, sec, rude au contact, technicien averti, véloce, et encore redoutable en défense, Pascal Fages a donné du relief à l’attaque pianencque et tricolore, au croisement des années quatre-vingt et quatre-vingt dix. Le père de Théo n’a jamais endossé que le maillot vert et rouge, avec lequel il souleva le trophée Max-Rousié, en 1995.

Et son brillant parcours international de centre, arrière et demi d’ouverture, a été jalonné de matchs mémorables, aux côtés d’autres spécialistes de ces trois postes.

“Christophe Auroy pouvait endosser à la fois l’habit d’arrière, centre et ailier. Un joueur athlétique, volontaire, courageux, comme à l’arrière Jean Frison, Fred Banquet, qui a performé à XIII, notamment au Paris SG, mais aussi à XV, alors que Patrick Limongi était un joueur complet, et qu’Eric Van Brussel, particulièrement gentil, était doté d’une belle pointe de vitesse”.

Martial le félin

“Au centre, David Despin, qui fut mon partenaire en juniors comme en seniors, était limité en taille, mais surtout pas en courage. Denis Biénès et Pascal Mons avaient bien des qualités, concernant Roger Palisses, sa carrière plaide en sa faveur, mon ami Pierre Chamorin avait des dispositions hors normes, tant physiques que techniques. Adolphe Alesina était naturellement doué, et n’avait peur de rien, Frantz Martial était plus félin, adroit, rapide, et moins dans l’affrontement. David Fraisse aurait pu faire une bien meilleure carrière encore, sans son accident”.

Pascal Fages a été associé, “à deux ou trois reprises, comme demi-de-mêlée, à l’ouvreur Gilles Dumas, fort mentalement et physiquement, gestionnaire du jeu et buteur, et comme demi d’ouverture, j’ai fait la paire avec Patrick Entat, qui a fait carrière en Angleterre, et dont le style était identique à celui de Gilles. Tous les deux, à la charnière, composaient une belle association”.

En club, Pascal a été champion de France à Narbonne, en 1995, Pia ayant battu Saint-Estève 12 à 10.

“C’était un match avant tout physique, et pas exceptionnel au plan rugbystique”, explique celui qui, quatre ans plus tôt, s’était incliné face à Saint-Gaudens (4-30), en finale de la Coupe Lord Derby, à Carcassonne.

“Je jouais à l’ouverture, au sein d’une formation salanquaise très jeune, alors que les Commingeois s’appuyaient sur cinq excellents joueurs étrangers, et plusieurs internationaux français, Cyril Pons, Claude Sirvent, Gilles Dumas, Philippe Fourquet, Denis Biénès, Yves Storer…”.

Saint-Estève revanchard

Blessé au mollet, il n’avait pu disputer ses chances de doublé, en 1995.

“Saint-Estève l’avait emporté 28-8, une semaine après notre victoire en finale du championnat, c’est dire si les Stéphanois étaient revanchards”.

Avec le maillot tricolore sur le dos, Pascal a surtout apprécié son parcours en cadets, juniors et Espoirs.

“Pour mon premier match en juniors, nous battons la BARLA 18-10, en janvier 1989 à Tonneins. Nous formions une belle équipe, j’étais remplaçant au coup d’envoi, avant de rentrer au poste d’arrière en deuxième mi-temps, à la place de Frédéric Mas”.

Un mois plus tard, les Bleuets battent la Grande-Bretagne 24-22, à Featherstone, et Pascal inscrit un essai à dix minutes de la fin.

“Je me souviens qu’on nous avait présenté Alan Hunte comme une future star”.

Le centre de St Helens réussissait un triplé, ce jour-là…

Le 4 mars 1990 à Barrow, Pascal joue à l’ouverture, au sein d’une équipe de France juniors victorieuse 21-0 des Lionceaux britanniques.

Sous des rafales de neige, Patrick Costes, Grandjean, Daniel Vergniol et David Despin trouvent la faille dans la défense adverse.

Solidaires à Wigan

Et en janvier 1991, avec les Espoirs cette fois, la France s’impose 16-6 à son homologue britannique, à Wigan.

“J’étais ouvreur, et je me souviens de notre grande solidarité”.

En face, pourtant, il y avait Steve McNamara, Gary Connolly, Bobby Goulding, Phil Clarke, Alan Hunte sur une aile, excusez du peu !

Mais les Britanniques encaissent un doublé d’Eric Van Brussel, et un autre essai, signé Fred Teixido. Comme leur coéquipiers, Calvet, Correia, Despin, Ricart, Delgado, Amat, Costes, Grandjean, Torreilles et Herbert, les Espoirs tricolores avaient sorti le grand jeu.

“Mes meilleures années, car nous gagnions souvent, bien plus qu’ensuite en seniors, et mes entraîneurs étaient Dominique Baloup et Raphaël Bueno, des meneurs d’hommes, qui nous faisaient confiance”.

Bien que moins rose, la suite du cheminement international du Pianenc vaut le détour.

Lors de la tournée de l’été 1990 en Australie, le XIII de France est battu 10-26 par North Coast, à Wanchope.

“Nous avions une équipe compétitive, et j’avais remplacé à la mi-temps l’arrière Jacques Moliner, blessé au genou. C’est le seul match que j’ai disputé”.

Un match que les bleus de Jacques Jorda avaient en main, au repos (10-8), avant de céder suite au carton rouge infligé à Daniel Divet.

Torreilles le travailleur

Un an plus tard, il est du périple estival en Nouvelle-Zélande et Papouasie-Nouvelle-Guinée, sous la houlette de Michel Mazaré.

“J’ai disputé les neuf matchs (dont quatre en Papouasie), les tests comme les rencontres de campagne, et il y avait un autre Pianenc dans le groupe, Patrick Torreilles. Il était arrivé de l’USAP l’année précédente, mais il a vite appris, dès lors qu’il travaillait plus que les autres. Il arrivait le premier aux entraînements, et partait le dernier”.

Sauf lors du deuxième test face à la Nouvelle-Zélande, vicorieuse 60-6, et contre le XIII du Président néo-zélandais (54-2), la France tient son rang.

Comme le 23 juin à Christchurch avec Pascal Fages à l’arrière, où les Kiwis l’emportent 32-10 (12-8 à la mi-temps), dans un match comptant pour la Coupe du monde, et auquel participent plusieurs néo-zélandais évoluant en Angleterre, Frano Botica, George Mann (St Helens), Gary Mercer, Duane Mann (Warrington), David Watson, Peter Brown (Halifax), Emosi Koloto (Widnes).

Des Bleus qui, notamment, étaient encore dans la course, à Rotorua, contre la Nouvelle-Zélande Espoirs.

6-8 à la pause, défaite 8-28 à l’arrivée, avec Pascal au centre.

Avec ses coéquipiers, il bat les Papous 20-18, à Goroka. Il évolue cette fois à l’ouverture, et la France inscrit trois essais par David Despin (2) et Jean-Marc Garcia, soit un de plus que leurs adversaires.

Preuve qu’il faisait grandement l’affaire, dans trois emplois différents, un fait suffisamment rare pour être noté.

De quoi rendre fier Christian, et montrer le chemin à Théo.