“La force du XV”, avance Christian Labit, qui parle du XIII comme “du sport qui l’a fait grandir”, c’est de s’inspirer des treizistes. “Certains n’osent pas le dire, mais la progression du XV vient du XIII. En Australie et en Nouvelle-Zélande, ils privilégient les deux rugbys. Sauf qu’en France, ils ne l’ont jamais avoué, à la différence des Anglais où Andy Farrell leur a fait du bien. En France et dans les deux rugbys, il y a encore trop de chauvinisme pour échanger”.

Jusqu’à mardi soir, ajouterons-nous, puisque Bernard Laporte et Marc Palanques étaient assis à la même table d’un amphithéâtre de l’Université de Perpignan, face à un public au sein duquel avaient pris place, côte à côte, Bernard Guasch et François Rivière, respectivement présidents des Dragons Catalans et de l’USAP.

Il ne s’agissait pas, lors de ce débat organisé par L’Indépendant et Midi-Olympique, de refaire l’histoire souvent mouvementée des relations entre les deux codes, mais plutôt de disserter sur ce qui pourrait, éventuellement, les rapprocher.

Un vœu que caresse par exemple Claude Onesta, animateur de l’Agence du Sport, une structure récemment mise sur pieds par le Ministère du sport et ayant pour double mission de développer la pratique du sport dans notre pays, et d’optimiser la haute performance.

“Lors d’un récent entretien au Ministère avec l’ancien entraîneur de l’équipe de France de handball, il m’a demandé s’il était envisageable de voir des treizistes participer à l’équipe de France de rugby à 7”, expliquait Marc Palanques, qui lui a dit n’y voir “aucun inconvénient”.

“J’ai justement rendez-vous avec Claude Onesta jeudi prochain”, s’est contenté de répondre Bernard Laporte, qui découvrait pareille proposition.

La porte est donc entrouverte, mais pour l’heure les deux présidents rugbymen ont surtout mis en avant, mardi, les atouts de leurs sports respectifs, sans pour autant dénigrer l’autre.

Concernant le temps de jeu effectif, il n’y a pas photo, mais ce sont les règles qui veulent  cela.

“La mêlée et la touche usent physiquement les joueurs, il n’y aura donc jamais autant de temps de jeu à XV qu’à XIII”, convenait Bernard Laporte.

“Le XIII est devenu un sport de coureurs depuis qu’on ne dispute plus les mêlées”, estimait Marc Palanques.

Comme il n’y a pas davantage photo en matière de puissance financière.

“Nous devons payer 30 000 euros de frais de production par rencontre pour passer à la télévision”, regrettait Marc Palanques, alors que 20% du budget des clubs du Top 14 proviennent des droits TV.

A défaut d’entente sur tous les sujets abordés, l’écoute, la courtoisie, le respect de l’autre, étaient de mise, à l’occasion de ce débat, premier du nom, qui selon le vœu de Marc Palanques, en appelle d’autres, sachant que “celui qui sait écouter deviendra celui qu’on écoute”, selon Vizir Ptahhotep, un philosophe de l’Egypte antique.

“Avec plaisir”, lui répondit Bernard Laporte. Pourquoi pas, cette fois, en présence de Christian Labit ?

Les petites phrases qui ont fait mouche

Bernard Laporte :

“Le 7 est un élément de formation essentiel pour le XV, mais certains joueurs sont bons à 7, pas à XV, et vice-versa”.

“Si un coach de XV adopte les règles du XIII à l’échauffement d’un match, je n’y vois pas d’inconvénient”.

“Les gros plans à la télé sur les commotions ne favorisent pas la promotion de notre sport”.

“On ne vit pas avec les joueurs, on ne sait pas ce qu’il se passe en dehors des entraînements. Lors de ma deuxième saison d’entraîneur au RC Toulon, nous avons eu six visites de contrôle anti-dopage en six mois à 6 heures du matin au domicile de joueurs. S’ils avaient pu se déplacer plus souvent, cela m’aurait arrangé”.

“Nous sommes dans la mouise depuis dix ans au niveau du XV de France, et quatre ou cinq nations nous sont actuellement supérieures, alors que les U20, et à un degré légèrement moindre les féminines, brillent au plan international”.

“Je me représenterai car je veux être à la barre lors de la Coupe du monde 2023 qui a été confiée à la France”.

Marc Palanques :

“Je n’aime pas les tricheurs, il faut se montrer intransigeant envers toute forme de dopage”.

“La France est la cinquième nation mondiale”.

“Nous avons suffisamment de bons techniciens en France pour nous passer d’un sélectionneur étranger”.

“La formation aux premiers secours est désormais intégrée à toutes les formations d’entraîneur”.

“Le Ministère privilégie les retours des contrats d’objectif qu’il fixe aux Fédérations, pour ce qui est d’allouer les subventions, et de ce côté-là nous sommes bien accueillis”.

“Le redressement des finances de la FFR XIII a été ma priorité, et il a par ailleurs fallu bousculer certaines mauvaises habitudes. Je me suis appliqué à travailler, pas à durer, et je ne sais pas, aujourd’hui, si je suis l’homme des quatre prochaines années”.