Nul besoin de se mettre martel en tête. Les Bleus savent qu’ils vont voir déferler des vagues vertes, et qu’il leur faudra se surpasser pour éviter de prendre la marée. Mais, chez eux, la fierté est plus forte que la crainte. A l’image de Jason Baitieri, moitié français moitié australien, et qui “espérait bien les affronter un jour”, après avoir joué à leurs côtés, dix ans plus tôt.

“A 18 ans, j’ai rencontré les Kiwis, avec les Schoolboys australiens, et j’étais très fier de porter ce maillot, j’ai grandi dans ce pays, j’y suis allé à l’école, et je ne parlais français (ndlr : la langue de sa mère) qu’à la maison”.

Depuis, il vit de l’autre côté de la terre, et le plaisir, chez lui, est le même : “Je peux dire qu’après huit années en France, j’ai acquis une double culture, et vivre dans cet autre pays m’a ouvert l’esprit, fait voir les choses autrement”.

Hier, “Jase” partageait le maillot vert et jaune avec Daniel Mortimer (Cronulla et Leigh en 2017), le talonneur de Brisbane Broncos Andrew McCullough, Israel Folau, John (décédé, depuis) et Tim Mannah, qu’il a vu avant et après le match contre le Liban (“nous avons grandi tous les trois, John, Tim et moi, côte à côte à Parramatta”), aujourd’hui il défend une autre tunique, qui lui est tout aussi chère. Dans la peau d’un leader.

“J’ai toujours eu ce rôle, depuis que je suis arrivé chez les Dragons, et j’essaie de porter une parole importante à mes coéquipiers, que ce soit en club ou en équipe nationale”.

On se doute qu’Aurélien Cologni compte sur son avant de combat pour voir sa troupe emprunter la formule de Roosevelt, “Full steam ahead”.

A toute vapeur, devra en effet être le mot d’ordre des Bleus, lorsqu’ils pénétreront sur la pelouse du GIO. Mais pas seulement. “A nous de ne pas craquer face à un adversaire qui a placé sur le banc ses deux piliers habituellement titulaires, Woods et Klemmer, de contenir leurs assauts, mais en même temps de nous montrer plus lucides que face au Liban, car c’est notre manque d’analyse qui nous a fait perdre”, explique Aurélien Cologni.

“Nos joueurs doivent prendre leur sélection autant comme une fierté que comme un challenge, en se persuadant qu’ils sont capables de perturber les Kangourous”.

L’hommage de Mal Meninga

Plus facile à dire qu’à faire, mais l’entraîneur des Bleus, qui a longtemps échangé avec Mal Meninga l’avant-veille du match, lors d’une opération de promotion, a retenu ce que lui a dit le coach australien : “Il a regardé attentivement ce que nous avons fait dimanche dernier, ce qui prouve qu’il ne prend aucun match à la légère, que la France suscite son intérêt. Il m’a dit que pour certains joueurs australiens alignés ce vendredi, le match servirait de test pour la suite de la compétition, car s’il est satisfait de sa défense, contre l’Angleterre, il l’est moins de son attaque, et en particulier de la dernière passe”.

Le grand Malcolm a surtout dit à son alter ego que “malgré les nombreux absents dans les rangs tricolores”, il avait trouvé que “les Français avaient bien contrôlé leurs gestes, sauf en fin de chaque mi-temps, relevant en outre d’autres points de détails”.

Ces détails qui, fréquemment en match international, coûtent chers aux Bleus, lesquels devront en tout cas “jouer sans retenue”, dixit Aurélien, s’ils veulent rivaliser, ne serait-ce qu’un peu, avec les maîtres de l’univers treiziste.

“Si c’est pour répéter des schémas de jeu classique, nous n’aurons aucune chance de franchir leur défense, c’est pourquoi un joueur déshinibé tel que Rémy Marginet, est de nature à nous apporter un plus, dans ce secteur”, dit encore le coach des Bleus, qui pourrait faire sienne la devise de Publius Syrius, esclave affranchi de Rome : “Le courage croît quand on ose, la peur croît quand on hésite”.

Un coach comptant bien se servir, lui aussi, de ce deuxième match, pour composer l’équipe qui disputera le troisième.

“Les choix sont liés au déroulement de la compétition. Peut-être n’aurions-nous pas aligné la même équipe contre l’Australie, si nous avions battu le Liban, les 24 joueurs auraient alors probablement tous joué au moins un match, alors que nous devons maintenant voir ce qu’il va se passer face aux Kangourous”.

“Le meilleur match possible”

Où seul, outre Will Barthau, Damien Cardace (pointe aux adducteurs) est forfait sur blessure, mais il sera rétabli pour le match à Perth, et donc candidat à une place pour le final.

En attendant, pour leurs adieux à Canberra, les Coqs devront à la fois s’accrocher, et se libérer. Pas une mince affaire. Mais comme le dit Jason Baitieri, “si nous n’avons pas atteint notre objectif lors du match initial, nous en avons d’autres à viser : finir sur deux notes positives, pour être fiers quand nous rentrerons en France”.

Le premier challenge, résister aux Kangourous : “Ils n’ont pas joué au maximum de leurs capacités, contre l’Angleterre, alors que les Anglais, eux, n’étaient pas loin de leur maximum en terme d’effort, d’énergie, quoique peut-être pas au niveau rugby, on sait donc tous que ce sera très dur, mais personnellement, pendant La Marseillaise, l’instant sera touchant, j’aurai une grosse montée de volonté avant le coup d’envoi, et je tenterai de la conserver sur le terrain afin de produire le meilleur match possible”.

Faire le meilleur match possible, c’est bien tout ce qu’on demande au XIII de France, aujourd’hui.