France – Nouvelle-Zélande en 1980 à Perpignan. victoire de la France 6-5

Lui, au moins, ne vit pas que de souvenirs. Il les distille avec parcimonie, les bons comme les mauvais, et surtout, pas dans le but de vous en mettre plein la vue….

Aussi cela lui laisse-t-il le temps de conserver une vue réaliste des choses appartenant au moment présent. Un moment qu’il a vécu – avec passions mais sans excès, comme il sied aux gens de bonne compagnie – hier après-midi à nos côtés, dans les tribunes de « Brutus ».

Le temps de saluer une foule d’amis et c’est le coup d’envoi.

Lui qui a rencontré les Kiwis en France comme chez eux (« Tu parles su je m’en souviens ! Ils m’ont cassé la jambe à Auckland ! ») essaie de se faire d’entrée une idée de nos adversaire : « Sur le plan du gabarit, ils n’ont rien à nous envier, mais ils ont l’air de jouer vite… »

Très rapidement, une haute chandelle de Bourret trouve la faille : essai. Et Claude de se demander si Vila était hors-jeu sur l’action : « Il part avant le ballon, mais ne touche pas celui-ci alors… »

Puis, admiratif : « Ils (les Kiwis) prennent de la profondeur et partent ainsi lancés… Ca promet du spectacle ! »

En effet. Guiraud tape à suivre, Grésèque est heureux de récupérer le ballon : c’est l’essai de Bourret, encore lui ! « Il y a en avant de Grésèque, mais il n’y a rien à dire car les Français jouent au sifflet. Tant mieux pour nous ! ».

Première réserve vis-à-vis des Kiwis (15e minute) : « Ils offrent un bon rugby mais pour l’instant, ils ne se montrent guère efficaces ». Ca se vérifiera… Une minute plus tard, Guiraud assène un superbe « carton » à son vis-à-vis Ah Kuoï, et notre voisin de commenter : « Bravo ! Si on les empêche de développer leurs actions, c’est bon… ».

Les minutes s’écoulent, il est intarrissable : « Didier (lisez Hermet) en veut »… « décidément ce petit Guiraud réalise un bon match »,… « on prend malheureusement trop souvent la balle alors qu’on est arrêté ». Puis, alors que Grésèque est bloqué dans son action : « Personne ne la sollicite, cette balle ! ».

« Des chandelles… » réclame Mantoulan.

C’est la mi-temps.

Premier bilan : «  Bien sûr que les Kiwis s’offrent des occasions, mais l’efficacité dans tout cela ? Il est vrai que les tricolores défendent on ne peut mieux… ».

Peu après la reprise, son avis ne diffère point : « Ce sont des « mules » (les Kiwis). Comme les Anglais ! » Et pan !

Pour sa part, Pillon retourna de plus belle. Mantoulan apprécie. Maurice de Matos (à ma gauche) lance, goguenard, à « La Mantoule » : « On ne l’a jamais fait, ça, hein ? ».

L’autre n’a pas le temps de répondre que Bourret pousse in extremis Kemble en touche sur l’aile gauche. Pillon était prêt : « Si jamais Jean-Marc le rate, le Stéphanois l’envoie dans les tribunes ! ».

Mais sur l’autre flanc, Graham envoie joliment Prohn (« un tout bon, celui-là », dixit Mantoulan) derrière la ligne fatidique : « Pillon n’y pouvait rien, à deux contre un… »

6-5 pour les nôtres. Tout le monde tremble, mais Claude garde la tête frois : « On ne se sert pas suffisamment de nos brillants ¾ ». Puis, juste après, alors que les tricolores emballent le match : « Tu vois qu’on est capable de leur faire tourner la tête ! ».

Debout, assis, debout… Claude, comme les autres, joue au trampoline. « Il y a longtemps que je n’avais pas vu un match aussi plein ». Les Français ont finalement arrachés un court succès : « Il fallait quand même le faire, mais avec Delaunay à côté de Bourret, on pouvait espérer mieux », précise notre ami en guise de conclusion, avant de se noyer dans la foule et les vapeurs des vestiaires…

Je n’ai même pas eu le temps de le remercier pour l’excellent après-midi qu’il m’a permis de passer…

Hervé GIRETTE