Surnommé Victor, allez savoir pourquoi, puisque lui-même n’en avait aucune idée, Nestor Serrano aurait plutôt mérité qu’on l’affuble d’un autre sobriquet, Victoire.
Car s’il lui fallut avaler la déception de trois finales de championnat perdues (1965, 1966, 1969), avant de décrocher la timbale en 1970, il souleva une deuxième fois le trophée Max-Rousié en 1974, et la Coupe Lord Derby en 1973, de même qu’il battit la Grande-Bretagne en 1971 (16-8 à Toulouse) et la Nouvelle-Zélande l’année suivante (20-9 à Marseille), sous le maillot tricolore, qu’il défendit avec honneur de 1968 à 1975.

D’abord demi-centre à Miramont-de-Comminges, dès l’âge de 10 ans, quand ses parents quittèrent Bellreguart, village situé près de Valencia, le futur électricien était si doué qu’il disputa la finale du meilleur jeune footballeur, mais Saint-Gaudens n’était géographiquement pas loin, et c’est presque naturellement qu’il embrassa, plus tard, la carrière de rugbyman.

Une carrière qui, au plan international, prit véritablement son envol en 1967, avec une sélection Espoirs contre les Lions Britanniques, à Bayonne.
L’année suivante, il disputait la Coupe du monde au poste de pilier, avant de se couvrir de gloire le 7 février 1971, face à la Grande-Bretagne, au Stadium de Toulouse.
C’est ce jour-là que Jep Lacoste, l’entraîneur des Bleus, celui-là même qui baptisa le Lézignanais Hervé Mazard “Concorde”, le fit “Maréchal Nestor”.

Depuis, ses amis appellent Nestor ce joueur aux épaules de déménageur et au bandeau blanc lui mangeant les yeux, qui d’un long coup de pied rasant offrit à Serge Marsolan un des deux essais tricolores, en ce jour faste pour le XIII de France.
D’abord ailier, y compris à XV avec l’équipe de la base militaire de Francazal, à Toulouse, puisque avalant les 100 mètres en seulement 11 secondes, il s’illustra ensuite rapidement comme pilier, deuxième et troisième ligne, avec une préférence, chez lui, pour le second rideau, qu’il découvrit en 1970.
“Du jus pour défendre”

“C’est le poste que je préfère, car en deuxième ligne on vous demande de courir, de suivre tous les ballons, de suppléer le cas échéant un centre, et de jouer dans les trois-quarts, et j’aime ça”, indiquait-il en 1973 au magazine “Rugby Treize”.
“Pilier, c’est moins bien, dès lors qu’on couvre moins de terrain, et c’est à mon sens plutôt réservé à d’anciens deuxièmes ligne ayant pris du poids et perdu un peu de leurs jambes, et en troisième ligne je manque d’un soupçon de technique”, soulignait encore ce brave parmi les braves, à l’instar de son coéquipier Roger Biffi, “héros” de la finale du championnat de France en 1971.

D’une nature discrète, voire timide, il faisait l’unanimité au sein de St Go et du XIII de France, tant par sa farouche volonté que par ses qualités humaines.
Adepte d’une préparation physique soignée, il plaçait toujours celle-ci en avant : “Sans condition, pas de jus, à la rigueur pour attaquer, mais certainement pas pour défendre efficacement”.

“Nestor”, qui à l’occasion était aussi buteur, les anciens se souvenant de sa pénalité réussie des cinquante mètres, le 1er novembre 1972 contre la Grande-bretagne, à Grenoble, est assurément à inscrire au “Panthéon” des Bleus de Saint-Gaudens, aux côtés des Biffi, Marsolan, André Rives, Michel Moliner, Henri Marracq, Michel Anglade, et plus près de nous Arnaud Dulac et Gilles Dumas…