En 1968, pour ses débuts à la MJC Carcassonne, catégorie minimes, Manu rêva sans doute d’instrumenter un jour en équipe première de l’ASC, “La grande dame”, comme la surnommait le président de Pia, Daniel Ambert.
Puis en 1975, pour, cette fois, ses premiers pas en seniors, Manu rêva sans doute, également, d’endosser un jour la tunique du XIII de France.
Rêve devenu réalité, le 20 février 1977, à Toulouse, au poste de troisième ligne, victoire 13-2 à la clé, contre le Pays de Galles, grâce à un essai de Christian Laskawiec et aux cinq coups de pied victorieux de Bernard Guilhem, le prince de Domec.
Une boucle tricolore bouclée à Avignon le 29 janvier 1984, lors d’un revers 0-12 face à la Grande-Bretagne, quand il remplaça Marc Palanques à la 39è minute d’un duel au cours duquel se distingua tout particulièrement Guy Laforgue.
Un chemin de gloire, pour Caravaca, que l’ami Christian Burgos exhorta un jour d’un célèbre “Au travail, Manuel !”, dans un article paru dans Treize Magazine.
Car non seulement cet avant percutant, opiniâtre, aux courses rageuses, eut l’insigne honneur de battre et les Lions britanniques, et à deux reprises l’Angleterre, il orna en outre son palmarès de titres de champion de France cadet, junior, Espoir, avant de soulever le trophée Max-Rousié en 1976, et la Coupe Lord Derby l’année suivante.
“J’ai perdu d’autres finales, avec Carcassonne puis avec Limoux”, raconte celui qui, contrairement à la chanson d’Alain Chamfort, “Manureva”, jamais ne dériva…
Son meilleur souvenir avec Carcassonne


“Avoir battu Lézignan 14-6, à Toulouse, en finale du championnat, ne s’oublie pas, même si extraordinaire fut la victoire, la saison suivante à Narbonne, en finale de la Coupe, face au XIII Catalan. En première mi-temps, nous avions été débordés, avant ensuite de recoller au score. Et Guy Alard inscrivait l’essai de la victoire (21-16) à la dernière seconde, sur une chandelle de Raymond Toujas. Et cette année-là, nous ne fûmes pas loin du doublé. Le Stadium toulousain étant inondé, la finale du championnat ne fut pas reportée, mais organisée à Albi, sur la pelouse de nos adversaires, après accord entre les deux clubs et la FFR XIII, car trois jours plus tard nous partions en tournée aux antipodes avec l’équipe de France”.
Les Tarnais s’imposaient 19-10, et en suivant, dans l’avion à destination de Sydney, se trouvaient les Tarnais Christian Laskawiec, Michel Moussard, et les finalistes malheureux Manu Caravaca, Guy Garcia, José Moya, Guy Alard…
La période limouxine
“J’ai été champion de France du Groupe B la première année, en 1982, avant de perdre en finale de la Coupe, en 1984 contre Villeneuve-sur-Lot. Un bon souvenir, également, d’autant plus que mon ami José Moya m’avait rejoint chez les Blanquetiers, mais la fin de ma carrière pointait le bout de son nez, j’avais un enfant, donc une autre priorité que le rugby”.
N’empêche, le 6 mai 1984 à Saint-Estève, Manu Caravaca inscrit l’essai de la victoire (18-16) sur Le Pontet, à la… 108è minute d’une demi-finale de Coupe à prolongations qui nous avait fait écrire, le lendemain dans les colonnes de “L’Equipe” : “Formidables limouxins : menés 8-16 au début de la seconde période, ils renversèrent la vapeur en l’espace de deux minutes, au prix de deux superbes conclusions, signées du junior Ripollès et de Caravaca. Ce dernier, véritable moteur d’un pack audois inférieur sur le plan athlétique, mais beaucoup plus mobile que son rival, mena ses troupes au succès grâce à un abattage de chaque instant”.

Loin de démériter, Limoux s’incline en finale face aux “Académiciens” Lot-et-Garonnais, et la saison suivante, Manu est privé de finale, après une fracture du péroné ayant nécessité une intervention chirurgicale, le 2 décembre 1984, à la 42è minute d’une rencontre remportée 23-10 à l’Aiguille aux dépens de Carcassonne, au cours de laquelle il eut le temps de passer un… drop.
Sydney et Auckland
“Je conserve un merveilleux souvenir de notre match disputé au Sydney Cricket Ground. On ne voyait pas le haut des tribunes de cet immense stade !”
La France perd 21-9 (un essai de Christian Laskawiec) face aux Kangourous, le 11 juin 1977.
“Contre ces joueurs déjà professionnels, alors que de notre côté, en club, nous nous entraînions deux fois par semaine, nous tentions de tenir le choc, autant que faire ce peut. Ils avaient vingt ans d’avance”.
Manu affronte également la Nouvelle-Zélande dans une autre enceinte mythique, le Carlaw Park d’Auckland. 
”J’ai le souvenir d’une belle ambiance dans les tribunes, et d’un terrain humide”.
On est le 19 juin 1977, les Bleus entraînés par Yves Begou s’inclinent 28-20. Jean-Jacques Cologni, pendant de Manu en deuxième ligne, signe un doublé, Jacques Guigue et Joël Roosebrouck ajoutent chacun un essai.
Quatre ans plus tard, sur le même stade et toujours contre les Kiwis, Manu est le troisième ligne d’une formation tricolore dirigée par Roger Garrigue, échouant 25 à 2.
Domec, Leeds, Venise…
Le 20 mars 1977 au stade Albert-Domec, Manu et les siens battent l’Angleterre 28-15, grâce à cinq essais de Jean-Marc Bourret (2), Hervé Bonet, José Calle, Jean-Pierre Sauret.
“Le stade était comble. C’était impressionnant, comme ambiance, et le match s’était joué à cent à l’heure, du début à la fin”.
Le 21 février 1981 à Leeds, les Bleus l’emportent 5-1, avec un essai d’Hervé Guiraud.
“Tout était axé sur la défense, nous avions serré les boulons, et nous avions sauté sur la seule franche occasion d’essai”.
Le 31 juillet 1982, à Venise, la France bat la Grande-Bretagne 8-7, essai d’Ivan Grésèque à la clé. Manu opère en troisième ligne, derrière le tandem Marc Ambert – Jean-Jacques Cologni.


“C’était un match de gala, destiné à promouvoir le rugby à XIII en Italie. Il faisait chaud, nous avions terminé la saison domestique depuis déjà longtemps, et il nous avait fallu nous préparer physiquement durant deux mois. Mais une sélection n’est jamais une fin en soi, et il s’agit de toujours y faire honneur”.
Manu n’en a pas encore fini avec les Bleus.
Le 5 décembre 1982 à Avignon, il succède à Marc Ambert, à dix minutes de la fin d’un duel remporté 15-4 par l’Australie.
Deux semaines plus tard à Narbonne, il remplace cette fois Jean-Jacques Cologni (64è), contre des Kangourous vainqueurs 20 à 5.
En suivant, comme deuxième ligne aux côtés de Marc Ambert, le 24 septembre 1982, il participe à la victoire (13-5) de la France sur Featherstone, dans l’antre des Rovers, et deux jours plus tard à la défaite (7-11) face à Wigan, à Central Park, associé cette fois à Jean-Jacques Cologni, Francis Laforgue inscrivant l’essai tricolore.
La der des der, pour ce combattant de l’extrême, se situe à Avignon, le 29 janvier 1984, quand il succède à Marc Palanques (39è), en échec contre la Grande-Bretagne (12-0).
Coéquipiers en club et en équipe de France
Manuel Caravaca a joué en bleu avec neuf de ses coéquipiers à Carcassonne.
Il a un mot pour chacun d’entre eux.
“Avec Guy Alard, nous sommes du même village, Preixan. Il a un an de moins que moi et nous nous cotoyions depuis notre parcours à la MJC. Un joueur sérieux, complet, aussi fort en attaque qu’en défense”.
“Guy Garcia, c’était Monsieur muscles. Fort en mêlée, et sur les ballons “chauds”, il aimait le combat. Certes, il ne fallait pas lui demander de faire des feintes de passe, mais chacun son rôle sur un terrain, n’est-ce-pas ?”
“Patrick Chauvet se distinguait par sa vitesse et sa technique”.
“Serge Gleyzes, avec lequel j’ai joué l’espace d’une saison, à l’ASC, quand j’étais encore junior, possédait un fort caractère, mais il connaissait parfaitement son sujet. Je l’ai remplacé en deuxième ligne, quand il est parti de Carcassonne pour le SO Avignon”.
“Jean-Pierre Sauret a été mon partenaire à l’ASC durant la saison ayant précédé mon départ pour Limoux. Un drôle de pilier, doté d’un gabarit imposant, et très solide en mêlée”.
“André Ruiz, un bon centre, a lui aussi disputé quelques matchs avec moi, lors de mes débuts en équipe fanion”.
“André Malacamp était un authentique talonneur. Il souhaitait gagner tous les ballons en mêlée. C’était aussi un très grand plaqueur, et il aimait courir. Un sportif à l’état pur, qui tenait sans problème les quatre-vingt minutes d’une rencontre”.
“Didier Bernard était rude et véloce. Pas du genre à se cacher !”
“José Moya était un battant de premier ordre, très sûr, et doublé d’un excellent buteur”.
Exceptionnel Bernard Guilhem
“J’ai joué encore en équipe de France avec Thierry Bernabé et Marc Palanques, deux des pièces maîtresses du Pontet, mais, plus jeunes que moi, ils évoluaient à Carcassonne lorsque j’en étais déjà parti. A l’inverse, Bernard Guilhem a été mon partenaire à l’ASC mais pas en équipe de France. Un joueur exceptionnel, qui faisait la différence, dans un match, quand on ne s’y attendait pas, grâce à son intuition, et à ses accélérations”.