Bourré de grâce, et en même temps d’efficacité (douze essais en autant de matchs sous le maillot tricolore), Jean-Marc, prince d’abord de Brutus, puis du Pont de la Basse à Pia, et enfin, une fois passé à XV fin 1980, du stade Aimé-Giral, illumina le jeu de ses jambes, de ses passes, et de son esprit inventif.

Un talent hors normes, planté sur un corps d’athlète, à la croisée des années soixante-dix et quatre-vingt, qui ne laissait personne indifférent. Ni les sélectionneurs, ni le public de France et d’ailleurs, sans oublier ses adversaires, qui le craignaient en même temps qu’ils l’admiraient, comme le signale Jean-Marc Gonzales dans un autre article de ce numéro de juin. Assureur à Perpignan et Bompas, le surdoué, auteur à la 78è minute du drop de la victoire 11-10, face aux Kangourous le 10 décembre 1978 au Stadium toulousain, nous a accordé un peu de son temps. Plaisir partagé.

Un mot, d’abord, sur tes débuts ballon ovale en mains ?
J’ai commencé à jouer dans la rue, à Bompas, avec des copains. J’avais douze ans, était scolarisé à Diaz au Moyen-Vernet de Perpignan, donc à proximité du stade Aimé-Giral, d’où mon arrivée à l’USAP, en compagnie de mon cousin Michel Naudo. Nous y avons fait une saison en minimes, avant d’opter pour le XIII Catalan.

Ton premier match en équipe fanion ?
A Brutus, contre Marseille, en novembre 1975. J’étais encore junior, et remplaçant, à un quart d’heure de la fin j’étais entré à l’aile, où jusqu’en février j’évoluais à ce poste, et où nous «tournions» avec Jean-Pierre Siré, Gérard Borreil, et Patrick Nauroy. A cet instant, nous perdions 5-4, j’ai inscrit un essai et nous l’avons emporté 8 à 7. La saison suivante, je disputais la finale du championnat de France junior, contre Pia, en match d’ouverture de celle de la Coupe Lord Derby, XIII Catalan – Toulouse (ndlr : au cours de laquelle il inscrivait deux pénalités, deux transformations et un drop).

Un mot concernant les autres trois-quarts centres auxquels tu as été associé, en équipe de France ?
J’admirais Bernard Guilhem, par ailleurs d’une rare gentillesse. Il était très fort, techniquement et tactiquement. Je me souviens notamment d’un duel face au Pays-de-Galles, à Toulouse (ndlr : victoire des Bleus 13-2, le 20 février 1977), où il avait été brillant. Avec lui à tes côtés, tu étais obligé de te régaler !
Jacques Guigue était d’un autre style, hargneux, accrocheur, qui s’engageait physiquement beaucoup. Un excellent défenseur, également. J’ai moins souvent fréquenté René Terrats, un bon joueur de ballon sur lequel on pouvait compter. André Ruiz, qui avait rallié Carcassonne en provenance du Stadoceste tarbais, était un joueur fin, du genre Roger Toujas, bon manieur de ballon, mais pas un monstre, physiquement parlant. Christian Laumond, celui auquel j’ai été le plus souvent associé, au même titre que Bernard Guilhem et Michel Naudo, avait un profil identique à celui de Jacques Guigue, et de Gaby Laskawiec. J’ai encore été associé à Hughes Ratier, habituellement un ailier, lors de mon dernier match en équipe de France, le 7 décembre 1980 à Toulouse (ndlr : JeanMarc avait marqué le seul essai tricolore), perdu 11-3 devant la Nouvelle-Zélande.

Enfin, c’était avec Michel Naudo que j’avais le plus d’affinités sur la pelouse. Car nous évoluions ensemble depuis les minimes. Nous connaissions chacun par cœur nos qualités et nos défauts, et nous étions dès lors très complémentaires. C’était plus facile qu’avec les autres centres. Nous nous connaissions peu, avec seulement deux jours d’entraînement avant un match. L’intuition, forcément, en pâtissait.

Quel était le centre anglais le plus redoutable ?
Je dirais plutôt un Gallois, le capitaine David Watkins, un ancien international à XV. Il avait notamment été performant en février 1979, à Narbonne, où nous l’avions emporté 15-8.

Et le centre australien ?
Sans hésiter Steve Rogers, le père de Matt Rogers (ndlr : international à son tour de 1998 à 2000), et Mick Cronin. Ce dernier était sur la fin de sa carrière, il allait donc moins vite, mais était difficile à prendre en défaut.

Un centre qui t’a marqué, dans le championnat de France, en dehors de tes coéquipiers sous le maillot tricolore ?
Le Lézignanais André Dumas, dont la carrière a été hélas marquée par plusieurs blessures, n’était pas facile à manœuvrer. C’était dur aussi contre le Pianenc Gérard Lavaux. Mais en qualité de centre, à une époque où le jeu était moins calibré qu’actuellement, j’étais fréquemment confronté aux arrières et aux demis d’ouverture. Et je me souviens par exemple des duels que j’avais à livrer au Toulousain Maurice De Matos et au Villeneuvois Michel Mazaré.

Un autre partenaire en équipe de France ?
Michel Maïque, un capitaine, excellent tacticien. Il m’a marqué par son analyse, sa vision du jeu.

Un match mémorable avec le XIII de France ?
France-Angleterre à Carcassonne (ndlr : le 20 mars 1977), parce que nous battions moins souvent les Anglais que les Gallois, et qu’il y avait un monde fou dans les tribunes. Un match très accompli de notre part, aux côtés de nombreux autres Catalans, José Calle, capitaine à l’ouverture, Jean-Pierre Sauret, Henri Daniel, Pierre Saboureau à l’arrière, JeanJacques Cologni. Nous avions une belle équipe, avec Bernard Curt et José Moya aux ailes, Jacques Guigue au centre, Guy Alard à la mêlée, et en face c’était redoutable, à l’image du deuxième ligne Phil Lowe.

Avec le XIII Catalan ?
A titre personnel, la victoire obtenue 28-6 à SaintEstève, le 25 décembre 1977. Au match aller à Brutus, nous nous étions fait secouer, et ce match retour a été une démonstration de notre part. Nous réussissions tout ce que nous entreprenions. Comme également une demi-finale de Coupe devant ces mêmes Stéphanois, en 1979 à Aimé-Giral, où nous avions le sentiment que rien ne pouvait nous arriver de mal. Ce sont des matchs rares, qui arrivent une fois ou deux par saison.

Avec Pia ?
C’est davantage une impression globale que je retiens. Avec mes cousins Michel et Jean-Jacques Naudo, nous y avions été bien accueillis. Nous possédions un bon pack, avec notamment Henri Daniel arrivé du XIII Catalan un an plus tôt, mais cela devenait compliqué dès que nous déplorions un ou deux blessés car le réservoir était restreint, devant. A l’opposé, nous alignions une belle ligne de trois-quarts, des demis de qualité, Jean-Jacques Naudo et Henri Pla, alors que Pierre Vergès disputait également quelques rencontres. Nous baignions dans une ambiance de village, avec des repas au siège chaque jeudi après les entraînements. Et le président Daniel Ambert, qui a tant fait pour son club, était omniprésent.

Un essai que tu n’es pas prêt d’oublier ?
A Saint-Estève, lors de ce fameux match du 25 décembre, où derrière un tenu à l’intérieur de nos vingt mètres, nous avions traversé le terrain en trois ou quatre passes, et j’avais été le dernier servi.

Une passe décisive ?
Si ce n’est pas lui qui marque, c’est tout aussi important pour un centre d’offrir le ballon à un ailier dans un petit couloir. Et j’ai éprouvé les meilleures sensations, à ce niveau, avec Jean-Pierre Siré et ses cadrages débords au XIII Catalan, comme avec Sébastien Rodriguez à Pia. J’ai ainsi plus de souvenirs de faits de jeu, de construction et de réalisations d’une action, que d’essais que j’ai moi-même inscrit. Et pour cela, il convient d’être sur la même longueur d’ondes que son ailier.

Un souvenir douloureux ?
La rupture avec Gégé Guasch, d’où mon départ du XIII Catalan pour Pia. Il était adorable, il me bandait les chevilles dans le vestiaire avant les matchs, et on ne peut pas lui enlever son amour pour le XIII, mais nous n’avions pas la même vision du jeu. Il parlait peu, et il y a des choses que tu ne comprends pas quand on ne te les explique pas. C’était la dernière saison de François Fresquet, et on le faisait souvent jouer, ce qu’on pouvait admettre, et Gégé était têtu, comme moi sans doute qui avait le défaut de la jeunesse. Avec lui, c’était tout ou rien, mais les torts étaient partagés, et heureusement j’ai toujours, depuis, entretenu d’excellentes relations avec son fils, Bernard. C’est dommage, car j’aurais par exemple aimé jouer avec Michel Ollet, comme avec Guy Delaunay, qui est arrivé en première quand j’étais déjà parti, et Roger Palisses, parti à Saint-Estève à la même période.