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Pierrot le Grand…Treiziste

« L’ascension à la tête du classement des marqueurs de cet ailier, dévoré par la rage de l’offensive, ne constitue plus une surprise. Robuste, bien accordé au sol, Pierre Bonnefont dispose de deux vertus essentielles : non seulement sa vitesse-course dépasse celle de la plupart des spécialistes en exercice, mais encore elle se double d’une volonté hors du commun […]. Bonnefont, capable de modifier son style et de s’améliorer lors de la tournée aux antipodes à laquelle il mérite de participer, deviendra un ailier de splendide envergure. » C’est en ces termes déjà prometteurs qu’en 1963, le chroniqueur de L’Equipe, André Passamar décrivait Pierre Bonnefont alors ailier au club de Villefranche-de-Rouergue lors d’un match de championnat contre Roanne gagné avec panache 21 à 3.

C’est ce dynamisme, cette générosité sur le terrain comme dans la vie et cette volonté d’aller de l’avant qui vont dominer le parcours de ce passionné au grand cœur qui occupera au cours de son existence de nombreuses fonctions : joueur, entraîneur, arbitre, éducateur, délégué et dirigeant.

Pierre Bonnefont commence par pratiquer l’athlétisme mais c’est le ballon ovale qui le passionne. Il fait ses débuts en jouant pour Toulouse en 1953 dans l’équipe juniors ensuite pour Facture puis Pamiers en 1958 et enfin pour Villefranche-de-Rouergue en 1960, un club auquel il va tant donner. Tout va très vite, en mai 1962, c’est déjà l’apothéose ! Villefranche décroche le titre tant espéré et parvient à ramener le trophée sur les berges de l’Aveyron. Cette année-là, il devient aussi international amateur contre la Yougoslavie marquant un essai décisif, en décembre 1963 on le retrouve dans les rangs d’une sélection régionale contre l’Australie. Puis à Ajaccio en mai 1971 contre Cahors, il remporte avec sa nouvelle équipe, Cajarc XIII, la Coupe du président de la République.

Pierrot dit le bison (à droite) Joueur à la une dans la presse en 1963 (Villefranche 21 vs Roanne 3)

 

Un arbitre international respecté (Saison 1981-82 : Colts anglais vs Cadets français)

Cette même année, il devient arbitre et occupera plus tard le poste de responsable régional de l’arbitrage. C’était un rugbyman plein d’enthousiasme avec des idées neuves pour ses joueurs car homme d’action, il ne se cantonne pas à porter le sifflet. Il fonde l’école de rugby de Villefranche d’où sortiront des joueurs de première classe (Patrick Wozniack, Philippe Boch, Jean-François Reygasse, Jean-Claude Boulagnon, Jacques Rouscayrol…), il crée aussi une équipe scolaire (promotion UNSS, champion d’académie, une dizaine d’années plus tard) et une équipe de XIII féminin.

Les petits de Villefranche-de-Rouergue ont connu Pierrot comme éducateur, celui qui leur a tout appris, tant la vaillance, la technique que la loyauté sur la pelouse. Le corps arbitral reconnait aussi en lui un arbitre au style sobre et efficace, respecté tant par ses collègues que par les joueurs.

En 1980, son expérience d’ancien joueur et son sens du jeu lui permettent d’acquérir les compétences pour devenir arbitre international et obtient enfin le ticket pour la rencontre entre la France et la Nouvelle-Zélande. Il continue sur la scène internationale en dirigeant différents matchs auxquels participent l’Angleterre et la Papouasie Nouvelle-Guinée. Il est d’ailleurs nommé en 1980 meilleur arbitre de la saison et tiendra le sifflet pendant plus de vingt ans.

Début des années 80, les Juniors de Pierrot ramène à la maison le bouclier de Champion de France, un moment spécial pour le Villefranchois qui savoure le résultat méthodique et acharné de son travail et de ses collaborateurs.

1984 : enfin un bouclier ! Un bonheur mérité, partagé avec les supporters et les juniors de Villefranche (Champions de France)

 

Un entraîneur infatigable aussi bien  avec les adultes qu’avec les jeunes. (1988 : CREPS de Toulouse. Equipe de France Cadets)

Son parcours et son palmarès ne passent pas inaperçus au sein d’un sport qui a tant besoin de personnes respectueuses, dynamiques, motivées et altruistes. Ainsi en 1985, le président de la FFR XIII, Jacques Soppelsa déclare : « Vous êtes le maillot jaune de la bonne conduite » et reçoit de ses mains le trophée Martini offert par la marque et le mensuel treiziste Treize Magazine. Cela lui vaut une promotion et lors de la saison 1987-88, Pierre Bonnefont est désigné comme entraîneur de l’équipe de France cadets.

Pierre a de l’avance sur son temps comme innovateur tourné vers l’international. Dans les années 80, pour son club il organise des échanges avec des écoles anglaises à Warrington et Woolston et avec des écoles à Brisbane (celles d’Inala et de Cavendish Road) dans le Queensland. Grâce à Pierrot et à son entourage sportif, le club de Villefranche XIII demeure le seul club français à être allé en Australie par deux fois avec une équipe junior. Il en profite pour effectuer des missions de reconnaissance pour observer les méthodes d’entraînement et d’arbitrage au pays des kangourous. Précurseur, il le devient en étant un des premiers dirigeants à recruter des joueurs aux antipodes, notamment l’ailier de l’équipe des North Sydney Bears, Mike Glascock qui deviendra plus tard son gendre.

Au cours des années 90, il reçoit la médaille d’argent de la FFR XIII et plus tard la médaille de bronze du ministère de la Jeunesse et des Sports. Le député-maire de l’époque qui le décore déclare alors : « Pierre Bonnefont a été de tout temps au plus haut niveau. C’est un homme qui sait tout faire, alliant les qualités physiques aux qualités morales, car la carrière de Pierre Bonnefont, qui a consacré toute sa vie à ce sport qu’il a pratiqué et qu’il aime, est encore loin d’être finie. C’est un grand bonhomme […] cette médaille consacre une carrière tout à fait exceptionnelle ».

En 1998, après de longues années au service du rugby à XIII, Pierre Bonnefont décide de se retirer tout en gardant un contact avec le jeu en tant que délégué. Retraité de l’Education nationale, “Pierrot” s’était retiré à Rignac. Quand il le pouvait, il venait voir quelques matches. Il était souvent embêté par le jeu trop minimaliste et prévisible proposé. Il avait aussi un mot sur l’arbitrage en grand connaisseur qu’il était. Il rejoint les grands de notre discipline et restera dans la mémoire collective treiziste sous le nom de Pierrot le Grand.

La Commission Centrale de l’Arbitrage et l’ensemble des membres des commissions de la Fédération présentent leurs plus sincères condoléances à la famille et aux proches de Pierre Bonnefont.

Toujours au cœur de l’action, Pierre Bonnefont (à gauche) dirigeant le match France vs Nouvelle-Zélande à Toulouse, le 7 décembre 1980.

Pour en savoir plus sur Pierre Bonnefont, consulter le site de Villefranche XIII : https://www.villefranche13.com/index.php/le-club-27/carnet-noir/3218-bonnefont-pierre

Pierre Bonnefont : 1935-2021

Jérôme Cavalli

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